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FATE le ou ne le FATE pas !

lundi 8 février 2016, par thehardway

Mon grand âge « rôlistique » aidant, j’ai connu le père de FATE, en la personne du bien nommé FUDGE. Encore avant il y avait GURPS : le Père de toute chose, le Big Bang du système générique, la matrice initiale d’une complexité exponentielle au fur à mesure que son univers entrait en expansion. De ses multiples progénitures légitimes ou illégitimes, seul FUDGE ne suivi pas la trace du Père universel. Il brisa le paradigme du contrôle exhaustif de la matière, affrontant le Père de tout par une opposition radicale de concepts, brandissant l’arme de la simplicité face aux hégémonies mécanicistes et mathématiques du Père.
FUDGE, le fils, créa un univers à partir de mots simples, de concepts ouverts, proposant une parole libre et une pensée exploratrice. Le plus et le moins comme alpha et oméga, le verbe comme image, la parole comme construction.
Le Père regarda son fils rebel d’un oeil bienveillant car certain qu’il ne parviendrait en rien à donner à ce nouvel univers une expansion capable de faire de l’ombre à celui de GURPS.
Mais c’était sans compter avec le fils spirituel de FUDGE, enfanté en catimini dans le brouillon de cet univers naissant : j’ai nommé FATE.
Ce dernier grandi en trois évolutions majeures. La première encore fragile sous le regard de FUDGE le Père, étonné du potentiel de son rejeton encore balbutiant et informe. La seconde devenue si fonctionnelle que son expansion lente mais régulière finit par colorer le ciel de FUDGE le Père jusqu’à le masquer. Enfin, la troisième ! Consacrant l’avènement du fils sur le père, dilatant son paradigme pour gagner sa place au panthéon des systèmes génériques tout en essaimant ses propres enfants.

Et maintenant voici le FATE CORE SYSTEM 3ed, « francisé » et disponible grâce à la dévotion de 500 nuances de geek. Encore une fois, c’est à l’aide d’une levée de fond parfaitement réussie que nous pouvons tenir entre nos mains à la fois la version française du système de base mais également le complément de la boîte à outils. Ayant suivi l’affaire de près, j’ai donc commandé les deux ouvrages dés leur disponibilité et, quelques 10 petits jours après, les voici entre mes mains pour cette « revue express ».

Un travail d’orfèvre !
Concernant le livre du système de base, je salue la qualité de l’impression. Le format A5 est parfait mais l’on retiendra avant tout, la solidité de la couverture, la reliure collée-cousue et l’épaisseur du papier. Un très beau bouquin de 300 pages résistant et très agréable à tenir en main ou à consulter. Une belle réussite d’imprimerie.

Le livre de la boîte à outil, moins dense avec ses 200 pages, possède quant à lui une couverture plus fine semi-souple avec une reliure simplement collée. La qualité d’impression et des pages reste cependant la même. Tout comme d’ailleurs le prix équivalent au système de base mais avec 100 pages de moins. Hum, faut bien que les 500NDG marge un peu tout de même.

Une traduction aux petits oignons.
A priori, pour ce que j’en ai lu et de mon point de vue, la traduction est très réussie : fluide, dans un français précis et clair, de qualité. Je n’ai, à ce jour, trouvé que quelques coquilles sans réelle gravité. Là encore : félicitation globale !

Des images sur des mots.
Côté illustrations, pas de nouveautés, 500NDG a repris les illustrations originales et c’est tant mieux car sans être « à tomber », elles donnent parfaitement le ton dans un noir et blanc bien restitué. A noter que la boîte à outil version française n’a pas conservé l’illustration de couverture d’origine pour laisser place à une cosmétique nettement plus discrète et élégante.

Bon et le système alors ?
Avant tout lisez donc le crash-test d’Etienne Goos sur le site l’art de la table et reportez-vous à ses trois articles sur FATE.

Tout y est quasiment dit. J’ajouterais pour ma part, et selon mes goûts, les points positifs et négatifs suivants :

PLUS

  • j’aime bien la construction du cadre de jeu en campagne ou non. La question des enjeux facilite le travail d’imagination et de création. Voir également dans le wiki de Fate l’aide de jeu SPARK traduite en français.
  • j’aime bien les dés FUDGE, pardon FATE.
  • j’aime bien la création de personnage PJ ou Pnjs « à la volée » durant une partie. Le système se prête très bien à ce style de lancement rapide.
  • j’aime bien la notion de recherche de transaction permanente de « points FATE » pour faciliter ou compliquer la vie des Pjs, ou le déroulement de l’histoire. Certes artificiel dans la démarche mais favorisant grandement les interactions.
  • j’aime bien le système de combat et de blessure : simple, clair, et malléable à souhait.
  • j’aime bien la création de personnage basé sur la discussion ou l’écrit.
  • j’aime bien le travail sur les magies ( voir la boîte à outils ).
  • j’aime bien le format A5 et la qualité de l’édition.
  • j’aime bien la présentation des règles, la maquette sobre et le noir et blanc.
  • j’aime bien la capacité de modéliser absolument TOUT en quelques secondes, en quelques mots, en quelques valeurs ou concepts.
  • j’aime bien la notion de « coup de pouce », de« payer le prix fort ou minime ».
  • j’aime l’absence de caractéristiques classiques.

MOINS

  • j’aime moins la logique de création du cadre de jeu. En effet, les règles de base s’appuient sur des joueurs qui participent à la création du cadre/monde de jeu et de fait(fate-lol) en connaissent certains tenants et aboutissants.
  • j’aime moins la logique des histoires partagées lors de la phase de création des aspects bien que cela fonctionne pas mal au final et apporte de l’interactivité dans le groupe. Faut-il encore qu’il soit relativement stable dans la durée.
  • j’aime moins la logique free-form des prouesses qui, je vous l’accorde, tend à réduire la liste des compétences en offrant nombre de possibilités et de pseudo-spécialisations pour différencier les PJs. Néanmoins, cela fait vraiment trop penser aux Feats classiques des autres jeux. La création est assez délicate car l’on peut facilement orienter le jeu vers le Grosbillisme. Le bonus de +2 généraliste est puissant et assez similaire à des Aspects. La « boîte à outils » tente, à mon avis sans succès, d’ouvrir les options de création mais les prouesses restent délicates à gérer. En même temps, je comprends parfaitement la mécanique telle que présentée dans ce corpus de règles génériques. Chaque univers cadrera par la suite la puissance des prouesses.
  • j’aime moins l’échelle des armes et armures (la boîte à outils permet cependant de varier les plaisirs).
  • j’aime moins la logique classique de listes de compétences. Mais on peut s’en passer avec quelques variantes de la boîte à outils.
  • j’aime moins le détail assez faible des règles concernant la gestion alliés et acolytes.
  • j’aime moins l’idée que FATE 3ed est un JdR facile d’accès ou d’initiation. Non : Fate est exigeant et demande un temps de rodage même auprès des vieux briscards. La gestion des aspects, prouesses et extras n’est pas innée à tout joueur. Allez sur le Wki pour trouver des aides de jeu.

Vous l’aurez compris, venant d’un FUDGE qui m’avait déjà surpris et émoustillé, j’ai pu suivre l’évolution du fils. Et cette troisième itération lui assure une place de choix parmi les systèmes génériques et innovants. Nombre d’amateurs ont dores-et-déjà produit des JdR, des compléments ou des univers compatibles FATE.

Quelques JdRs utilisant FATE 2éme ou 3éme Edition

Science Fiction

  • Bulldogs (3ed)
  • Starblazer Adventures (2ed)
  • Mindjammer (ex complément de starblazer adventures) (3ed)
  • Diaspora
  • Strange Stars Fate Rule Book
  • Baroque Space Opera
  • Starcrossed (Fate Edition)
  • ...
    Super Héros
  • Icons
  • ...
    Fantastiques
  • Dresden Files
  • Strays
  • Demon Hunters : A Comedy of Terrors
  • Divine Instruments of Fate
  • Atomic Robot (3ed)
  • Spirit of the century (2ed)
  • ...
    Fantaisie
  • Legend of Angleer (2ed)
  • The Chronicle of Shadows
  • Hunters of Alexandria
  • Tianxia
  • Aperita Arcana : fantasy for Fate Core
  • ...

quelques jdrs ou systèmes s’inspirant de FATE

  • Strand of Fate & Nova praxis
  • Other Worlds
  • Cheap tales
  • Monsters & Magic
  • Metal SDR
  • ...

Sans compter une dizaine de world book Fate.

Conclusion rapide.
Simulationnistes radicaux aimant brasser des chiffres et manipuler des feuilles de personnages complexes, amateur de combats réalistes ou de « roulage » de dés optimisés passaient votre chemin : FATE n’est pas fait pour vous.
En revanche, il occupe avec bonheur le crédo des narrativistes bon teint, maniant le dé sans se pincer le nez tout en appréciant un certain niveau de simulationnisme. En tous les cas «  essayer FATE  », c’est, me semble-t-il, découvrir une nouvelle sensation de jeu ne serait que par le processus des aspects, la recherche des avantages durant un conflit, ou encore le flux interactifs des points FATE.

Pour ce qui me concerne, après avoir essayer les deux systèmes je reconnais une légère préférence pour HEROQUEST 2.0 (ou la superbe variante Glorantha de 2015). Ce dernier est, à mon sens, encore plus souple et ouvert que FATE tout en conservant une grande subtilité, ce qui lui donne ce petit avantage de coeur sur FATE. En effet, la création de personnage y est totalement freeform et la gestion des conflits à plusieurs niveaux plutôt simple mais dynamique et paradoxalement propice au débat et à la stratégie. FATE me semble un peu plus lourd à manipuler et peut être plus artificiellement verbeux avec son système d’échange de points forcé.
Étonnamment pour moi, FATE rencontre un plus grand succès que son concurrent HEROQUEST certainement mal vendu et mal présenté. A tort je pense, mais tels sont les mystères du JDR. En tous les cas deux systèmes oeuvrent du côté narrativiste de la force. L’article « les gladiateurs du versus » tentera de présenter les deux systèmes en action".

Bref, comme dirait YODA : FATE LE OU NE LE FATE PAS. Logique M.Spok non ?

FATE CORE - le jeu de rôle
Niveau : Initiation à expérimenté
Type : Narrativiste
Genre : Générique
Système : Echelle & Dés Fudge
Simulation : légère
Edition : Professionnelle
Maîtrise : Relativement aisée
Matériel : Professionnel
Substance : Complète
Originalité : Forte depuis FUDGE
PLUS : Belle présentation (française de 500NDG), clarté des règles, nombreux compléments et JdR à base de FATE, force au roleplay ou du moins au narrativisme, mécanique assez légère, système d’échelle de valeur, très générique et adaptable, Fate Accelerated à tout son sens pour simplifier le tout...
MOINS : Encore trop classique dans son approche compétences/prouesses, une participation des joueurs parfois forcée par des mécaniques d’échange de points, l’invocation des aspects revient parfois au même que l’utilisation d’une prouesse, mécanique pas si intuitive que cela, demande tout de même un bon niveau de MJ narrativiste ET d’improvisation, nécessite l’air de rien de la préparation, dés Fate ? ...
Ma Note : 4,5/5